vendredi 8 septembre 2017

le petit studio

Nous avons rendez-vous à 16 heures, il est là, accompagné d'une toute petite fille qui serre fort dans ses bras son ours en peluche râpé, nous montons dans le studio, il ouvre la porte.

Ravagé ! C'est fou comme l'oeil, au bout de neuf ans d'état des lieux, sait où se poser et évaluer la situation.

Il faut entrer, heureusement j'ai un sac à dos, je ne poserai rien nulle part, comment peut-on vivre dans un tel taudis.
Je frissonne, mets mes lunettes, commence à lire à voix haute ce qui avait été noté à l'entrée.
Sol plastique : bon état - je dis "mauvais état" et note
Murs : papier à peindre, peinture bon état un crochet - je dis "plus de papier, plus de crochet, mur brut repeint avec débords sur plinthes et plafond, mauvais état, je note
Plafond : crépi peinture bon état - je dis "crépi et peinture mauvais état...

Il tient dans ses bras la petite fille, ce n'est pas lui qui est le locataire officiel, lui il sous-loue, il vit là depuis deux mois.
Rassurez-moi, vous ne vivez pas là avec cette petite fille ? Il ne dit rien.

J'avance lentement, je lis, je note, j'ouvre le meuble sous évier et assiste à la panique agitant le troupeau de cafards qui tranquillement sommeillait. Jeter un oeil sur les aérations tellement saturées de graisse et de poussière qu'elles ne ventilent plus rien. Au dessus des plaques de cuisson, un cercle jaune or, d'au moins 40 cm de diamètre, piqueté de stalactites de graisse brunâtre. Le congélateur est totalement envahi de glace, les toilettes qui ont été changées en début d'année sont tartinées de merde sur le réservoir, et le fond de la cuvette est tapissée d'un bon centimètre d'une matière gélifiée noire visqueuse. Un jour le radiateur a fuit, nous l'avons fait changer, mais le sol s'est décollé, évidemment le locataire n'a pas fait de déclaration à son assurance...

Tout de même lui dis-je, c'est incroyablement sale.

Même si cela fait deux mois qu'il vit là, il n'est pas concerné, il s'en fiche, lui il représente le sortant.
"Ben ça fait 8 ans qu'il vivait là. quand même hein"
- Certes, mais le ménage, on le fait régulièrement.
"Bah vous avez, il vivait seul, il avait pas de femme pour le faire, c'est pour ça"

Il veut se réinstaller début octobre mais, lui dis-je, je n'ai pas le droit de louer un appartement insalubre comme ça !

Il est déçu, il se voyait bien y revenir...

jeudi 7 septembre 2017

120 BPM

Bien sûr il ne passe plus ou pas à Annemasse, heureusement qu'il y a Genève, nous irons au Scala. Pas très fan des films français, encore moins de Adèle Haenel, j'ai tout de même très envie d'aller voir 120 battements par minute.  J'ai lu tous les articles écrits par les copains de blog, ma fille en est sortie bouleversée, c'est un sujet qui me touche depuis des années, j'ai perdu un de mes tout premiers amours de cette maladie affreuse.
La salle est pleine, certains même sont assis sur les marches, contrairement au public du Gaumont à Archamps, il est discret, a éteint ses portables, arrête de parler dès que le film commence et ne baffre pas des kilos de pop corn en brassant dans des seaux sans discontinuer. Et en plus, sans l'avoir calculer ne le sachant pas, nous tombons pile poil le week end du cinéma avec les places à 5 francs au lieu des 16,5 habituels.

A la fin du film la salle est restée muette, totalement muette et sans mouvement, moi de même, paralysée un instant. Et pourtant j'ai été tellement déçue par le film !

J'essaye de comprendre pourquoi...

Le film se passe dans les années 90 je crois, parce qu'à part Bronsky Beat, il n'y a aucune référence musicale. De l'extérieur on ne voit pas grand chose. L'histoire d'amour est presque en huis clos, les réunions également. On sort un peu, pour les gay pride, pour les actions, dans des boites de nuit, mais en plan serré, sans vision du monde extérieur. Les plans se suivent, coupés à la française, foutraques. Parfois on se demande s'il ne manque pas un bout de scène, coupé trop court, il y a des longueurs qui n'apportent rien...

Dans les années 90 je traversais la vie dans un brouillard absolu, mon fils se battait pour vivre, ma fille était loin en province lorsque moi je courais d'un métro à l'autre pour rejoindre l'hôpital Kremlin Bicètre. Et pourtant je lisais quotidiennement Libération, je connaissais le combat d'Act Up, j'ai, gravées dans ma mémoire, des photos de jeunes malades, décharnés, mourants, veillés par leurs pères, leurs amis, leurs amours.

Je n'ai rien retrouvé de l'émotion qui me tordait les tripes lorsqu'il n'y avait encore aucun espoir pour tous ces jeunes homosexuels, et pourtant les acteurs sont très justes, Nahuel Pérez Biscayart  bouleversant...

Je me souviens aussi de ces récits terribles de malades quasi abandonnés dans les hôpitaux, par les soignants qui mourraient de peur de se faire contaminer. Avant 90 oui, avant l'époque du film.

Peut être aurait-il fallu évoquer le début abominable de cette maladie ?

Je suis si désolée de n'avoir pas, comme la majorité, aimé ce film...




dimanche 3 septembre 2017

Partir


Juste avant de partir en vacances, il a été trouvé dans un os d'une phalange des pieds de JP un staphylocoque doré, petite infection nosocomiale qui manquait encore au tableau particulièrement chargé qu'il remplit année après année. Au petit déjeuner qui consiste déjà en une brouette de médicaments divers et costauds se sont donc rajoutés deux antibiotiques agressifs. Plus de soleil, plus d'effort sous peine de brûler ou de se péter des tendons... 
Nous sommes partis... et les nausées ont commencé... la fatigue... et après une journée tranquille à vélo il a été foudroyé par une infection pulmonaire qui l'a couché une bonne dizaine de jours...

Bien sûr ces vacances n'ont pas du tout été telles que je les avais imaginées, mais depuis 1991 j'adapte au jour le jour ma vie.

Et puis heureusement C. est venue plusieurs jours, nous avons fêté ses 32 ans (Eh oui !!) et toutes les deux nous avons pu faire des balades en vélo, bronzer sur le sable, bavarder, picoler, s'inventer de vraies vacances reposantes.

Tous les jours j'ai nagé dans une mer presque bonne, plages vides jusqu'après midi, j'ai lu, je me suis reposée, j'ai pesté contre cette putain de maladie qui nous pourrie la vie, j'ai béni le ciel que malgré tout la vie soit belle, j'ai savouré mes balades sur mon beau vélo bleu aux pneus blancs que je me suis offert en tout début du séjour.

Et je sais que ne me resterons bientôt, plus que les bons moments de ces trois semaines estivales...


samedi 12 août 2017

Liberté, liberté chérie

en chasse
Elle le sait, non pas qu'elle aime cela, mais si elle veut sortir dans le petit jardin, se cacher sous les plantes, faire ses griffes sur les troncs du yucca et du bignonia, elle doit supporter ce foutu harnais et la longue longue corde légère. La maison est basse, le toit trop tentant pour aller explorer le monde, et la route tout à côté.
Alors, le matin, elle se résigne, assise devant la porte fenêtre elle attend que je lui mette cette entrave. Parfois elle s'en libère, lorsque trop emberlificotée elle ne s'en sort plus de ses allers-retours dans les tiges et les pieds de chaises, et vite elle file comme prise en faute, dans la chambre du fond, à l'abri.
Le soir la porte se referme sur ce petit paradis où elle broute délicatement certains papyrus. Elle regarde le dehors, miaulant de désir.
Puis nous allons nous coucher, la nuit tombée, au loin le ressac berce nos rêves.

Tu n'as pas eu froid cette nuit ? me demande JP un matin.
Un peu oui, pourquoi ?

Il s'était levé, grelottant, était allé dans le séjour et avait trouvé la porte fenêtre grande ouverte, notre Chamade plantée au milieu de la cour, frémissante aux odeurs marines, vibrante de cette liberté volée. J'avais oublié de fermer à clef, le vent avait poussé les portes.
Sagement elle est revenue dormir au chaud, JP a refermé les portes.

Depuis j'avoue être un peu moins tendue de la voir baguenauder la laisse libre, sans attache.

mardi 18 juillet 2017

Du danger de vouloir bien faire.

dimanche 16 juillet
Juste avant de m'endormir, alors que nous venions de basculer dans le jour d'après, Chamade très excitée d'être dans la grande maison d'Alsace avait sauté sur le lit après avoir parcouru son chemin de poutre au dessus du grand vide de l'escalier. Demain elle irait brouter les herbes hautes et chasser le mulot, mais puisque la dernière fois elle s'était aussi chopé une tique, il était temps me dis-je, de lui mettre le produit anti-tiques acheté chez le vétérinaire. En une nuit le produit sera bien propagé, elle pourra sans risque crapahuter parmi nos petites amies voraces.

Je l'immobilise, j'ai déjà une ou deux fois utilisé des pipettes vermifuge, je sais où il faut déverser le liquide, juste entre les oreilles, un peu à la base, elle ne bronche pas, elle est si docile.
Je tourne le bec, et doucement fait couler le produit. Chamade s'affole, s'arrache à mes mains, part comme une flèche, je ne la vois plus de la nuit, elle qui aime tant se blottir contre moi.
Bah, c'est normal, elle est dans sa maison, elle va chasser et guetter à travers les vitres ce dehors qu'elle rêve de rejoindre.
Le lendemain elle n'est pas là, elle ne vient pas me voir, je l'aperçois assise sur un tapis, inquiète. Impossible de l'approcher, elle qui dès le premier humain debout n'a de cesse qu'on lui ouvre la porte, se cache derrière la rangée de petits meubles bas du dernier étage lorsque l'on s'approche.
Toute la journée elle reste planquée, invisible, apeurée. Les rares fois où je peux la toucher, elle est sur le qui-vive, pas de ronronnement, pas de miaulement, paranoïaque.
Aurait-elle rencontré nos colocataires, les fouines ?
Au petit déjeuner un renard passe devant nos fenêtres, est-ce lui qui l'inquiète tant ?
Toute la journée nous nous désolons de la voir si étrange, si peu elle même.
Le lendemain elle tente une sortie, quelques pas devant l'entrée, à l'aguet, retrouvant un très léger ronronnement, demandant même sa pitance, mais loin très loin de la chasseuse indépendante habituelle.
Et puis dimanche, alors qu'elle n'a plus le droit de sortir, nous partons dans l'après midi, elle retrouve son tonus et miaule et miaule pour aller dehors.

Ce n'est que lundi que j'ai cherché sur internet s'il y avait des témoignages évoquant des problèmes liés à l'insecticide que m'avait vendu le vétérinaire.
Et oui ! Le fameux Brav'ecto semble provoquer ce genre d'intoxication, certains chats et chien en meurent, d'autres plus chanceux comme Chamade passent un très très mauvais moment.

Ma petite poilue a retrouvé sa vivacité, j'ai appelé le vétérinaire pour lui signaler ce qui lui était arrivé, et je me tiendrai dorénavant au tire-tique mécanique, même si je dois me contorsionner.

mercredi 12 juillet 2017

Douze juillet

Date inoubliable, ce douze juillet mille neuf cent quatre vingt onze, soleil de plomb et tout au bout un enfant, G. magnifique, si grand, si calme, qui partait pour une aventure douloureuse mais triomphante.

Aujourd'hui il termine son Master2, et puisqu'il a réussi le concours qui lui permet de faire une thèse sur les graines de colza, le voilà parti pour trois ans en Bretagne, pour  devenir docteur en biologie végétale.

C'est une belle année que deux mille dix sept, avoir mes deux enfants sur le sol français, à porté de téléphone, et les savoir heureux dans leur travail.

mardi 11 juillet 2017

mes lectures vite vite

Depuis la fin mai je n'ai plus écrit un mot sur mes lectures en cours.

J'ai pris quelques notes mais succinctes

Le dernier jour de mai j'ai fini un roman prêté par A. mon amie, de Guillaume Le Touze La mort du Taxidermiste L'histoire d'un couple Bernard le taxidermiste et Louise, son épouse rencontrée alors qu'il est dans un camp. Ils ont deux enfants, Marianne et Antoine. C'est leurs vies, chacun son histoire vécu, son secret, ses douleurs. La Corse en toile de fond.  J'ai vraiment aimé ce livre dont un résumé plus fourni est à lire .

Et puis Juin :

Un livre de Ian McEwan L'intérêt de l'enfant. Juge spécialisée en droit de la famille, mariée depuis des années à un homme qu'elle aime. Passionnée par son métier, elle y pense jour et nuit, délaisse sa relation avec son mari qui se laisse charmer par une jeune femme. Le manque de relation sexuelle le pousse à demander à sa femme l'autorisation de la tromper juste pour cela. Elle est horrifiée, refuse absolument, du coup il part et elle reste seule avec sur le dos une affaire qui la bouleverse plus que cela ne devrait. Un jeune ado, presque majeur, atteint de leucémie, refuse une transfusion sanguine en raison de son appartenance à la secte témoins de jehovah. Elle ordonnera les transfusions après une réflexion longue et une conversation avec l'ado. J'ai tellement aimé ce livre.

Et je me suis enfin attaquée à Virginie Despentes et son fameux Vernon Subutex 1. Je n'imaginais absolument pas que j'aimerai ce livre. Très glauque, la vie d'un homme qui bascule. Un de ses amis meurt, celui qui subvenait encore à sa subsistance dans le monde des logés. Il est chassé de chez lui par un huissier et démarre une vie d'errance. Tout autour on découvre ses anciens compagnons du temps où il était disquaire. C'est noir très noir, mais j'ai parfois l'impression de replonger dans mon adolescence, non pas la noirceur, mais les références constantes musicales et un certain "art de vivre" qui me semble ancien.

En passant à la Fnac, où je cherchais un câble pour mon Iphone, je suis tombée sur deux livres de poche côte à côte. Deux livres de Henning Mankel, mon écrivain adoré,  Les chaussures italiennes que j'avais lu il y a quelques années, et dont je ne savais pas qu'il y avait une suite. Puisque je n'avais plus vraiment de souvenirs, j'ai préféré le relire.
Un homme se réfugie dans la maison familiale sur une petite ile. Isolé avec son chien et son chat, il vivote, jusqu'à ce qu'un ancien amour qu'il avait abandonné débarque en phase terminale pour lui demander de tenir la promesse qu'il lui avait faite avant de filer en douce aux états unis sans lui dire au revoir. Elle était enceinte, il ne l'apprend que plusieurs jours après son arrivée, il est père et sa vie en est bouleversée.
J'ai enchaîné immédiatement avec Les Bottes suédoises.
Une nuit sa maison brûle, très vite l'enquête se tourne vers un incendie criminel et il imagine qu'il est le suspect numéro un. Dans l'incendie a brûlé les chaussures italiennes offertes par sa fille. C'est la lente remonté de cet homme qui a tout perdu. Evidemment ces deux livres sont supers, vraiment !

 Vers la fin juin je suis passée chez Décitre où le livre de Serge Joncour Repose-toi sur moi était mis en avant. Prix Interallié... un prix... normalement le livre sort du lot... Une femme riche et sophistiquée mais qui a peur des deux corbeaux qui nichent dans l'arbre de la cour et qui ont fait fuir un couple de colombe. Un homme rustre, paysan, qui est monté à la capitale après que son épouse a succombé à un cancer dû sans doute aux cochonneries épandues sur ses vignes. Et paf incroyable voilà t'y pas que les deux se rencontrent et tombent amoureux. La riche et le pauvre. Bon c'est mieux que du Musso, mais prix interallié...

J'y étais surtout allée pour acheter la suite de Vernon Subutex  de Virginie Despentes. Maintenant Vernon est tout à fait sans domicile fixe, à la rue, devenu une sorte de gourou. Ses amis le retrouvent dans un parc, sous les arbres. Difficile de raconter l'histoire, mais bien que toujours très noir, j'aime retrouver les différents personnages. Cela réveille toujours autant ma folle jeunesse, et  je me demande comment les lecteurs plus jeunes perçoivent ce livre, si les références réveillent autant d'émotions, si l'imagination peut être autant mise en branle que notre génération qui a vraiment vécu cela.

Et ce dimanche, j'ai lu Les jours de mon abandon de Elena Ferrante.  Un jour son mari qu'elle chéri la quitte. Il la déjà quittée deux fois, mais à chaque fois était revenu. Là il ne revient pas, elle sombre dans la folie et c'est très angoissant. Le livre est très dur à supporter et lorsque je l'ai terminé je me suis sentie libérée. Pourtant ce livre m'a vraiment embarquée, j'en suis sortie essorée, mais je l'ai aimé. D'autres en parlent .

J'attaque maintenant le n°3 des Vernon.